L’art-thérapie : créer pour guérir, s’exprimer pour aller mieux

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L’art-thérapie : créer pour guérir, s’exprimer pour aller mieux

L’art-thérapie : créer pour guérir, s’exprimer pour aller mieux

Peindre, sculpter, danser, jouer de la musique… Et si ces gestes, bien au-delà du simple loisir, pouvaient contribuer à soigner ? L’art-thérapie est aujourd’hui reconnue par la communauté scientifique internationale comme une approche complémentaire aux soins traditionnels. En Suisse, elle est de plus en plus présente dans les hôpitaux, les établissements médico-sociaux et les structures d’accompagnement. Tour d’horizon d’une pratique qui mérite d’être mieux connue.


Il n’est pas nécessaire d’être artiste. Il n’est pas nécessaire de savoir dessiner, de jouer d’un instrument ou d’avoir jamais mis les pieds dans un cours de danse. L’art-thérapie n’a rien à voir avec le talent ou la performance artistique. Ce qui compte, c’est le processus — l’acte de créer — et ce qu’il permet de traverser, d’exprimer et de transformer.


Qu’est-ce que l’art-thérapie exactement ?

L’art-thérapie est une forme de thérapie qui utilise la création artistique comme outil d’expression et de soin. Elle repose sur une conviction simple mais puissante : certaines choses résistent aux mots. Des émotions enfouies, des traumatismes difficiles à nommer, des souffrances trop intenses pour être verbalisées — tout cela peut trouver un chemin d’expression à travers la peinture, le dessin, la sculpture, la musique, le mouvement ou le théâtre.

Ce n’est pas une pratique nouvelle. Dès l’Antiquité, les Grecs utilisaient la musique et le théâtre pour leurs vertus apaisantes. Au début du XXe siècle, le psychiatre suisse Carl Jung intégrait déjà le dessin dans sa pratique thérapeutique, observant les effets révélateurs des images produites par ses patients. La discipline a été formalisée dans les années 1940 en Angleterre et aux États-Unis, avant de se diffuser progressivement dans le monde entier.

Aujourd’hui, l’Organisation mondiale de la santé reconnaît l’impact des arts sur la santé mentale et physique, sur la base d’une synthèse de plus de 3000 études internationales. L’art-thérapie est pratiquée dans de nombreux hôpitaux, cliniques psychiatriques, centres de réhabilitation et établissements pour personnes âgées.


Pour qui et pourquoi ?

C’est l’une des forces de l’art-thérapie : elle s’adresse à tout le monde. Les enfants qui n’ont pas encore les mots pour exprimer leur détresse. Les adolescents confrontés au stress scolaire ou aux difficultés identitaires. Les adultes traversant une période de crise, de deuil ou d’épuisement. Les personnes atteintes de maladies chroniques ou en rémission d’un cancer. Les personnes âgées dont les fonctions cognitives déclinent. Les personnes en situation de handicap. Dans chacun de ces contextes, la création artistique ouvre une porte là où d’autres approches rencontrent des limites.

Les études cliniques montrent des résultats probants dans plusieurs domaines : réduction de l’anxiété et des symptômes dépressifs, amélioration de l’estime de soi, meilleure gestion de la douleur, renforcement du lien social et soutien dans les processus de deuil. Chez les patients atteints de cancer, des recherches ont mis en évidence une diminution significative des symptômes physiques — douleur, fatigue, nausées — après des séances d’art-thérapie. Chez les personnes souffrant d’Alzheimer, elle favorise l’accès à la mémoire par des voies non verbales et peut redonner un sentiment de compétence et de dignité.

L’art-thérapie présente aussi un avantage précieux pour les personnes peu à l’aise avec la parole ou réticentes à la psychothérapie conventionnelle : elle contourne l’obligation de nommer ce que l’on ressent pour l’aborder autrement, par l’image, le geste ou le son.


Comment se déroule une séance ?

Une séance d’art-thérapie se passe dans un cadre bienveillant et sécurisé, bien plus proche d’un atelier créatif que d’un cabinet médical. Le thérapeute guide la personne dans le choix d’un médium — peinture, argile, collage, écriture, musique, danse — en fonction de ses besoins et de ses affinités. Il n’impose rien, n’évalue pas la qualité artistique de ce qui est produit. Son regard porte sur le processus, les émotions qui émergent, les résistances ou les libérations qui se manifestent.

Les séances peuvent être individuelles ou en groupe. Le travail en groupe a ses propres vertus : il rompt l’isolement, crée de la solidarité entre participants qui traversent des expériences similaires et peut faire émerger une forme d’élan collectif très favorable au mieux-être.

Il est important de distinguer l’art-thérapie des simples ateliers créatifs de bien-être. L’art-thérapie est conduite par un professionnel formé, dans un cadre thérapeutique défini, avec des objectifs de soin. C’est cette dimension accompagnée et structurée qui fait toute la différence.


L’art-thérapie en Suisse

En Suisse, l’art-thérapie est de plus en plus intégrée dans les institutions de soins. Les HUG à Genève ont développé dès 2002 le programme AR.T.S — Art & Thérapies dans les Soins — proposé aux patients atteints de maladies chroniques comme le diabète ou l’obésité. À Genève toujours, l’association Un Brin Créatif propose des ateliers d’arts plastiques, de céramique, de danse et d’olfaction aux personnes atteintes dans leur santé ou en situation de handicap. L’association FRAGILE Suisse, qui accompagne les personnes ayant subi une lésion cérébrale, propose elle aussi des ateliers d’art-thérapie à Chavannes-près-Renens.

Ces initiatives illustrent une tendance de fond : l’art-thérapie ne relève plus du domaine de la marginalité ou de l’ésotérisme. Elle s’intègre au contraire dans des approches de soin globales et pluridisciplinaires, reconnues par les équipes médicales.

Pour trouver un art-thérapeute en Suisse, la Fédération Suisse des Art-thérapeutes (SFKBT) répertorie les professionnels formés et certifiés dans toute la Suisse. Il est recommandé de s’assurer que le praticien dispose d’une formation reconnue, car la profession n’est pas encore réglementée de la même façon dans tous les pays.


Ce que l’art-thérapie n’est pas

Un point mérite d’être clarifié, car la confusion est fréquente : l’art-thérapie n’est pas une alternative aux soins médicaux ou à la psychothérapie. Elle vient en complément, comme un outil supplémentaire dans une prise en charge globale. Elle n’est pas non plus un cours de peinture, ni une séance de relaxation par le coloriage. C’est une démarche thérapeutique à part entière, avec ses propres cadres, ses propres méthodes et ses propres indications.

Elle n’impose pas non plus de résultat. On n’en sort pas forcément avec une œuvre à accrocher au mur. On en sort souvent avec quelque chose de moins tangible mais de plus précieux : un peu plus de clarté sur ce qu’on ressent, un moment de légèreté dans une période difficile, ou simplement la satisfaction d’avoir créé quelque chose qui vient de soi.


Créer, c’est affirmer qu’on est vivant. C’est laisser une trace, même infime, de ce qu’on traverse. Pour beaucoup de personnes en situation de fragilité — maladie, deuil, isolement, souffrance psychique — l’art-thérapie offre exactement cela : un espace où l’on n’a pas à être fort, où l’on peut juste être, et où ce qu’on produit n’a pas besoin d’être parfait pour avoir de la valeur.


Note : cet article est rédigé à titre informatif. Si vous souhaitez explorer l’art-thérapie pour vous-même ou un proche, parlez-en à votre médecin traitant ou renseignez-vous auprès de la Fédération Suisse des Art-thérapeutes (SFKBT).