On n’y pense pas toujours, et pourtant : le domicile est l’endroit où les accidents sont les plus fréquents. En Suisse, les chutes à la maison blessent chaque année des dizaines de milliers de personnes. Comprendre pourquoi elles surviennent et comment les prévenir est à la portée de tous — et peut changer beaucoup de choses.
Monter sur un tabouret pour attraper quelque chose en hauteur, se lever la nuit pour aller aux toilettes, sortir de la douche sur un sol mouillé : des gestes du quotidien, répétés des milliers de fois, sans qu’on y prête attention. Et pourtant, c’est souvent dans ces moments-là que les accidents arrivent. Les chutes à domicile ne sont pas une fatalité réservée aux personnes très âgées ou très fragiles. Elles concernent tout le monde, à tout âge.
Un phénomène sous-estimé aux conséquences bien réelles
En Suisse, les chutes à domicile constituent l’une des principales causes d’accidents non professionnels. Leurs conséquences vont bien au-delà de la simple frayeur : fractures, traumatismes crâniens, hospitalisations prolongées, perte d’autonomie temporaire ou définitive. Pour les personnes âgées en particulier, une chute peut représenter un véritable tournant dans la vie — un avant et un après.
Mais les conséquences ne sont pas seulement physiques. La peur de retomber s’installe souvent après un premier accident. Cette appréhension pousse certaines personnes à réduire leurs déplacements, à limiter leurs activités, à s’isoler progressivement. Le cercle vicieux est bien connu : moins on bouge, moins on est solide sur ses jambes, et plus le risque de chuter augmente.
Pour les proches aidants et les familles, une chute grave d’un parent peut aussi précipiter des décisions difficiles concernant le maintien à domicile. Autant de raisons de prendre le sujet au sérieux, bien avant qu’un accident ne survienne.
Pourquoi tombe-t-on chez soi ?
Les causes d’une chute sont rarement uniques. Elles résultent le plus souvent d’une combinaison de facteurs — certains liés à l’environnement, d’autres à l’état de santé de la personne.
Du côté de l’environnement, les coupables sont souvent bien visibles une fois qu’on prend le temps de regarder : un tapis qui glisse, une marche d’escalier mal éclairée, un seuil de douche trop haut, un couloir encombré, l’absence de barre d’appui dans les toilettes ou la salle de bain. Des détails en apparence anodins, mais qui peuvent suffire à provoquer un faux pas.
Du côté de la personne elle-même, plusieurs facteurs augmentent la vulnérabilité : une vision qui baisse avec l’âge, une prise de médicaments affectant l’équilibre ou la vigilance, une faiblesse musculaire due à la sédentarité, ou encore une maladie chronique affectant la mobilité — comme la maladie de Parkinson, une neuropathie ou les suites d’un AVC.
La combinaison d’un environnement non sécurisé et d’une personne dont les capacités physiques ont diminué représente le terrain le plus à risque. C’est précisément là que la prévention prend tout son sens.
La prévention commence par un regard neuf sur son logement
L’un des premiers réflexes à adopter est de regarder son domicile — ou celui de son proche — avec des yeux différents. Pas les yeux de celui qui y vit depuis des années et ne voit plus les dangers, mais ceux d’un visiteur attentif qui remarque ce qui pourrait poser problème.
Cette démarche d’audit du logement peut se faire seul, avec l’aide d’un proche, ou avec un professionnel comme un ergothérapeute. Elle consiste à parcourir chaque pièce en se posant les bonnes questions : l’éclairage est-il suffisant, y compris la nuit ? Les sols sont-ils stables et non glissants ? Les meubles permettent-ils de s’appuyer sans risque ? Les passages sont-ils dégagés ?
Quelques aménagements simples et peu coûteux peuvent faire une différence considérable : fixer les tapis au sol ou les supprimer, installer une veilleuse dans le couloir menant aux toilettes, poser des barres d’appui dans la douche et aux toilettes, sécuriser les escaliers avec une main courante solide des deux côtés.
Le rôle clé des proches aidants
Les personnes les plus exposées aux chutes graves sont souvent celles qui ont le moins conscience du danger. Avec l’âge ou la maladie, la perception du risque peut s’émousser. C’est pourquoi le regard extérieur d’un proche aidant est précieux.
Si vous accompagnez un parent âgé ou une personne fragilisée, n’hésitez pas à aborder le sujet directement — même si ce n’est pas toujours une conversation facile. Proposez de revoir ensemble l’aménagement du logement, d’accompagner chez le médecin pour évaluer l’effet des médicaments sur l’équilibre, ou de consulter un ergothérapeute qui pourra formuler des recommandations adaptées.
En Suisse, plusieurs organisations peuvent vous aider dans cette démarche : les services d’aide et de soins à domicile (SPITEX en Suisse alémanique, aide à domicile en Suisse romande), Pro Senectute qui propose des conseils spécifiques aux personnes âgées, et le Bureau de prévention des accidents (BPA) qui met à disposition des ressources pratiques en ligne.
Bouger pour rester debout
La prévention des chutes ne passe pas seulement par l’aménagement du logement. L’activité physique régulière joue un rôle tout aussi important. Maintenir sa force musculaire, son équilibre et sa coordination est l’un des meilleurs investissements que l’on puisse faire pour sa sécurité au quotidien.
Des activités comme la marche, la natation, le yoga ou le tai-chi sont particulièrement recommandées pour les personnes âgées. Certains programmes de prévention des chutes, proposés notamment par Pro Senectute ou des physiothérapeutes, combinent renforcement musculaire et travail de l’équilibre dans un cadre adapté et sécurisé.
La consultation d’un médecin ou d’un pharmacien pour faire le point sur les médicaments est également utile : certains traitements courants — somnifères, antihypertenseurs, antidépresseurs — peuvent affecter l’équilibre ou provoquer des étourdissements, surtout au lever.
Prévenir une chute, c’est souvent une question de petits gestes et de vigilance partagée. Pour les personnes concernées comme pour leurs proches, agir tôt — avant qu’un accident ne survienne — est toujours plus simple, moins douloureux et moins coûteux que d’en gérer les conséquences.
Pour faciliter cette démarche, le Bureau de prévention des accidents a développé une checklist en ligne gratuite, accessible depuis un ordinateur ou un smartphone. Conçue en partenariat avec plusieurs organisations spécialisées — dont Pro Senectute, l’association faîtière Aide et soins à domicile Suisse et l’Association Suisse d’Ergothérapie — elle guide l’utilisateur pièce par pièce à travers les principaux points de vigilance et propose des recommandations concrètes adaptées à chaque situation. Pensée à l’origine pour les professionnels de la santé et les intervenants à domicile, elle est suffisamment intuitive pour être utilisée par n’importe quel particulier souhaitant évaluer son propre logement ou celui d’un proche. Elle est disponible à l’adresse suivante : https://check.bfu.ch/fr/osa-VXwkEuw3J_/configuration/
Note : cet article est rédigé à titre informatif. En cas de doute sur la situation d’un proche ou pour une évaluation personnalisée du domicile, n’hésitez pas à consulter un professionnel de santé ou un ergothérapeute.





